En plein hiver en France, alors que les températures restent fraîches, des nuées de moustiques envahissent déjà les jardins et les bords de mer.
Le média en ligne français PratiqueAnimaux rapporte une prolifération de moustiques dès la fin de l’hiver, notamment dans le sud du pays. Un scénario déroutant pour les habitants, qui sortent d’ordinaire les sprays anti-moustiques au printemps, et non alors que les doudounes sont encore de rigueur. Ce décalage interroge autant les riverains que les spécialistes de la démoustication.
Un moustique de marais qui sort de sa zone habituelle
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, l’envahisseur du moment n’est pas le redouté moustique tigre, mais une espèce plus discrète et moins connue du grand public : Aedes detritus, souvent surnommé le moustique des marais.
Ce moustique affectionne les zones littorales humides, notamment les marécages et les étendues d’eau saumâtre. Ses œufs et ses larves se développent dans ces milieux, où l’alternance entre inondation et retrait de l’eau lui offre des conditions idéales.
Aedes detritus, moustique typique des marais côtiers, a trouvé cet hiver des conditions parfaites pour se multiplier massivement.
Une fois adulte, Aedes detritus se montre très mobile. Il ne reste pas cantonné à son marais d’origine. Les individus peuvent parcourir plusieurs kilomètres et gagner :
- des secteurs boisés situés en retrait du littoral ;
- des zones d’habitation en hauteur ;
- des quartiers urbains pourtant éloignés des marécages.
Résultat : des habitants installés loin des zones humides se font piquer en plein mois d’hiver, sans comprendre pourquoi les moustiques tournent déjà autour des lampadaires de leur jardin.
Un hiver « hydrologique » hors norme sur le littoral
Derrière ce réveil précoce, PratiqueAnimaux met en avant un facteur clé : la météo des derniers mois. L’hiver 2025-2026 sur le littoral méditerranéen a été marqué par des pluies abondantes et répétées.
Selon l’EID Méditerranée (Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen), agence publique chargée de la surveillance et de la lutte contre les moustiques sur la façade sud, les précipitations de décembre et janvier ont atteint des niveaux extraordinaires. En seulement deux mois, les cumuls enregistrés auraient dépassé, à l’échelle nationale, la totalité des pluies tombées durant l’année 2025.
Jean-Claude Mouret, responsable du pôle coordination de cette structure, décrit dans le quotidien régional La Provence une situation inédite : les zones humides sont restées en eau en continu tout au long de l’hiver. Habituellement, ces secteurs connaissent des phases d’assèchement qui limitent le développement des larves. Cette année, les mares, fossés et marais littoraux n’ont quasiment jamais disparu.
Des pluies continues et un hiver « riche et exceptionnel » en eau ont transformé les marais en vastes nurseries à moustiques.
À cette saturation en eau s’ajoute une autre donnée : la relative douceur hivernale. Les températures n’ont pas suffi à geler durablement les gîtes larvaires. Les moustiques ont donc profité d’un cocktail idéal :
- eau présente en permanence dans les zones humides ;
- températures assez douces pour permettre le développement des larves ;
- absence de longues périodes de gel pour freiner leur cycle.
Ce contexte a permis une éclosion massive, précoce et presque continue des moustiques de marais, là où les cycles sont en temps normal plus étalés et plus dépendants du printemps.
Une organisation de démoustication déjà en mode urgence
Face à ces nuées de moustiques alors que l’hiver n’est pas terminé, l’EID Méditerranée a dû avancer son calendrier d’intervention. Les opérations de traitement des gîtes larvaires, souvent lancées plus tard dans la saison, ont été déclenchées dès le mois de février.
Dans les Bouches-du-Rhône, près de 300 hectares de zones humides auraient déjà été traités, indique PratiqueAnimaux en s’appuyant sur les informations de l’agence et de La Provence. L’objectif : casser au plus tôt le cycle de reproduction d’Aedes detritus pour éviter une explosion des populations à l’arrivée du vrai printemps.
Les traitements visent principalement les larves, avec des produits ciblés utilisés en France dans le cadre de la démoustication publique. Ils se concentrent sur les marais, sans intervention systématique chez les particuliers, où la responsabilité de supprimer les petites eaux stagnantes reste centrale.
Les équipes de démoustication ont pris plusieurs mois d’avance sur leur calendrier habituel pour freiner cette génération hivernale de moustiques.
Pour les riverains, ces opérations ne font pas disparaître totalement la nuisance, mais elles limitent la densité de moustiques dans les secteurs les plus touchés, notamment ceux proches des zones humides littorales.
Un moustique très gênant, mais pas vecteur de maladies
Si les piqûres se multiplient déjà, le spécialiste interrogé par La Provence se veut clair sur un point : Aedes detritus n’est pas connu comme vecteur de maladies transmissibles à l’être humain en France.
Le risque principal est donc lié au confort de vie :
- nuisance sonore, particulièrement en soirée ;
- démangeaisons et réactions cutanées locales ;
- gêne pour les activités de plein air, la promenade ou le jardinage.
Ce profil le distingue du moustique tigre (Aedes albopictus), capable de transmettre des virus comme la dengue ou le chikungunya, et du moustique commun urbain (Culex pipiens). Ces deux espèces attendent généralement des températures plus stables pour proliférer massivement et restent avant tout des acteurs du printemps et de l’été.
La prolifération actuelle relève d’une nuisance précoce, pas d’une alerte sanitaire liée à des virus tropicaux.
La situation reste néanmoins suivie de près. Si les conditions humides persistent au printemps, les spécialistes redoutent une saison 2026 très chargée sur le front des moustiques, toutes espèces confondues.
Ce que cela révèle du climat en France
Ce décalage du calendrier naturel illustre des évolutions déjà pointées par les climatologues : alternance de périodes de sécheresse marquée et d’épisodes de très fortes pluies, hivers plus doux sur certaines zones, dérèglement du cycle annuel des espèces animales et végétales.
Pour les moustiques, ces modifications peuvent se traduire par :
En France, les autorités sanitaires et les agences de démoustication surveillent de près ces évolutions. Les plans d’action, initialement calés sur des saisons bien définies, doivent être ajustés lorsque les moustiques sortent en hiver ou s’installent durablement dans des départements jusque-là peu concernés.
Que peuvent faire les habitants face à ces moustiques précoces ?
La démoustication publique ne peut pas tout. Les particuliers gardent un rôle central, y compris pour Aedes detritus, même si cette espèce dépend surtout des grands espaces humides. Les recommandations régulièrement rappelées en France restent valables :
- vider régulièrement les soucoupes, seaux, jouets laissés dehors où l’eau s’accumule ;
- entretenir les gouttières et regards pour éviter les petites nappes stagnantes ;
- couvrir si possible les récupérateurs d’eau de pluie avec un filet ou un couvercle ;
- utiliser des moustiquaires aux fenêtres dans les zones particulièrement touchées.
Pour limiter les piqûres, les répulsifs cutanés adaptés restent une option. En cas de réaction importante, les professionnels de santé recommandent généralement des crèmes apaisantes ou des antihistaminiques locaux, en fonction de la situation et de la personne.
Moustiques, marais et « hiver hydrologique » : quelques repères utiles
Le terme « hiver hydrologique » utilisé par les spécialistes désigne une période où l’on se concentre sur l’état de l’eau (pluviométrie, niveaux des nappes, remplissage des cours d’eau et des zones humides), plus que sur la seule température. Un hiver très pluvieux peut ainsi rester frais, tout en offrant des conditions idéales à certaines espèces liées à l’eau.
Les moustiques comme Aedes detritus tirent parti de :
- la continuité des volumes d’eau dans les marais ;
- l’absence de phases d’assèchement qui détruisent habituellement une partie des larves ;
- la succession de générations possibles sans grande interruption.
Pour un lecteur français, cette situation montre que les moustiques ne dépendent pas uniquement de la chaleur. La disponibilité d’eau, même en plein hiver, peut suffire à déclencher des émergences massives d’espèces adaptées à ces milieux. Les épisodes actuels sur le littoral méditerranéen donnent un avant-goût de ce que pourraient devenir, à l’avenir, certaines saisons de moustiques dans un climat plus instable, où la pluie et la douceur se combinent parfois au cœur de l’hiver.









