EUROTEL

Des scientifiques diffusent une vidéo de seiches agitant leurs bras : ce qu’ils observent alors les stupéfie

Des scientifiques diffusent une vidéo de seiches agitant leurs bras : ce qu'ils observent alors les stupéfie

En étudiant des seiches en laboratoire, une équipe internationale a mis au jour un étonnant système de gestes sous-marins, testé en Indonésie et présenté à un concours scientifique.

Ces travaux, présentés par les chercheurs Sophie Cohen-Bodénès et Peter Neri et relayés par un média scientifique anglophone, décrivent un véritable « langage gestuel » chez la seiche. Entre vidéos projetées en aquarium et enregistrements sonores sous l’eau, les expériences menées montrent comment ces céphalopodes pourraient communiquer à la fois par la vue et par des vibrations.

Un animal déjà maître du camouflage qui surprend encore

La seiche est connue pour changer instantanément de couleur et de texture pour se fondre dans son environnement. Pour Sophie Cohen-Bodénès, « la seiche est une maîtresse du camouflage », mais ce n’est pas son seul talent. L’animal utilise aussi des postures et des mouvements de bras élaborés, qui joueraient un rôle central dans sa communication avec ses congénères.

Les expériences décrites ont été menées à partir de vidéos et d’enregistrements réalisés en milieu marin, notamment dans les eaux indonésiennes, avant d’être testés en conditions contrôlées. L’objectif : comprendre si ces mouvements de bras constituent de simples réflexes ou un véritable système de signaux lisibles par d’autres seiches.

Les chercheurs ont isolé quatre gestes de bras distincts chez la seiche, chacun associé à une posture bien définie.

Quatre « signes » identifiés dans le langage gestuel de la seiche

Avec son collègue Peter Neri, Sophie Cohen-Bodénès a identifié quatre grands types de mouvements de bras, décrits comme de véritables « signes » :

  • Le signe « up » : la seiche lève ses bras devant son visage, comme un facepalm de céphalopode, en les agitant vers le haut.
  • Le signe « side » : les bras se balancent sur le côté, à la manière d’une trompe d’éléphant qui se balance.
  • La posture « crown » : les bras se courbent et se rejoignent par les extrémités, formant une sorte de couronne.
  • Le signe « roll » : les bras se replient sous la tête, comme si l’animal se préparait à faire une roulade vers l’avant.

Le geste « roll » intrigue particulièrement les scientifiques. Sophie Cohen-Bodénès explique que, lors de ce signe, « la seiche change même la forme de sa tête et de son œil, ressemblant à une pieuvre ». Cette transformation renforce l’hypothèse d’une mise en scène volontaire, destinée à transmettre une information précise.

Une expérience vidéo qui fait « répondre » la seiche

Dans une première phase, l’équipe a montré à une seiche des vidéos d’autres seiches réalisant ces différents gestes. La réaction observée a surpris les chercheurs. L’animal filmé en laboratoire a commencé à agiter ses propres bras en réponse à l’écran.

« Nous avons été stupéfaits d’observer une seiche agitant ses bras en réponse à la vidéo de mouvements de bras », raconte la chercheuse.

Les scientifiques estiment ainsi pouvoir démontrer que ces signes sont perçus visuellement par les seiches. L’animal ne reste pas passif devant l’image d’un congénère : il reproduit, combine et renvoie lui-même des gestes, comme s’il s’agissait d’un échange.

Des vibrations dans l’eau qui ouvrent une deuxième voie de communication

Les chercheurs se sont ensuite demandé si ces mouvements de bras ne produisaient pas aussi des signaux mécaniques, perceptibles par les seiches grâce à un organe sensoriel spécialisé : la ligne latérale. Cette structure, présente chez de nombreux animaux aquatiques, capte les déplacements de l’eau et les faibles vibrations autour d’eux.

Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe a utilisé un hydrophone, un microphone conçu pour enregistrer les sons sous l’eau. Les mouvements de bras des seiches ont été enregistrés, puis les signaux captés ont été restitués dans l’aquarium, sans présence visuelle d’autres animaux.

À la simple lecture du signal enregistré, une seiche s’est mise à répondre en réalisant toutes les combinaisons possibles de gestes identifiés.

Les chercheurs décrivent à nouveau leur surprise : l’animal a répondu à l’hydrophone comme s’il faisait face à une autre seiche. Cela suggère que ce « langage de bras » ne passe pas seulement par la vue, mais aussi par les vibrations dans l’eau. Les signaux produits auraient donc une double portée : visuelle et tactile/sonore, via la ligne latérale.

Vers un véritable code de communication interindividuel ?

Les résultats ne suffisent pas encore à prouver l’existence d’un langage au sens humain du terme, avec une grammaire et un vocabulaire structurés. En revanche, ils s’ajoutent à une longue série de travaux montrant la grande intelligence des céphalopodes.

Chez la seiche, la combinaison :

  • du changement de couleur,
  • des postures du corps,
  • et de ces mouvements de bras codifiés

laisse penser à un système de signaux riche, permettant d’indiquer une intention (attaque, défense, séduction) ou un état interne (stress, vigilance, curiosité). La suite des recherches devra déterminer si chaque geste, ou combinaison de gestes, correspond à des « messages » précis.

Un projet en lice pour un grand prix sur la communication entre espèces

Ce travail fait partie des quatre projets finalistes du Coller Dolittle Challenge for Interspecies Two-Way Communication, un concours scientifique porté par la fondation Jeremy Coller et l’université de Tel-Aviv. Chaque année, l’équipe jugée la plus prometteuse reçoit 100 000 dollars, avec en perspective un grand prix total de 10 millions de dollars.

Le projet de Sophie Cohen-Bodénès et Peter Neri se trouve en compétition avec trois autres approches de la communication animale :

Projet Espèce étudiée Objectif principal
Tyrol de sifflements chez les dauphins Dauphins Identifier et classer 20 types de sifflements utilisés pour communiquer
Analyse des chants de rossignols par IA Rossignols Utiliser un modèle d’IA pour décrypter la structure des chants
Reconnaissance « par le nom » chez des singes Ouistitis (marmosets) Montrer que les individus se reconnaissent via des « noms » vocaux distincts

Les quatre équipes doivent présenter leurs travaux au public et à un jury au mois de mai pour tenter de décrocher le prix annuel de 100 000 dollars. L’entrepreneur Jeremy Coller, fondateur de la fondation, résume l’enjeu : nous ne pouvons toujours pas discuter avec les animaux qui partagent nos foyers, mais ces projets montrent que la compréhension entre espèces progresse rapidement.

Ce que ces travaux changent pour la compréhension des animaux en France

Pour un lecteur français, ces recherches renforcent un mouvement de fond : la remise en question de la frontière nette entre intelligence humaine et intelligence animale. Les céphalopodes, longtemps considérés comme des animaux de pêche avant tout, occupent désormais une place centrale dans les travaux sur la cognition animale.

En France, des laboratoires de biologie marine, notamment au sein du CNRS et d’universités littorales, travaillent sur le comportement des poulpes, calmars et seiches. Les protocoles se rapprochent souvent de ceux décrits dans ce projet : tests en aquarium, observation de la capacité à résoudre des problèmes, analyse des signaux visuels et mécaniques.

Pour le grand public, ces résultats questionnent aussi notre rapport à des espèces que l’on consomme régulièrement. L’idée qu’une seiche puisse produire et interpréter des « gestes » complexes se rapproche des débats déjà vifs concernant la sensibilité des poulpes. Cela nourrit les discussions sur le bien-être animal, la pêche et l’éventuelle réglementation spécifique de ces espèces en Europe.

Comment fonctionne la ligne latérale et pourquoi cela intéresse les chercheurs

La ligne latérale, évoquée dans l’étude, constitue un organe sensoriel essentiel chez de nombreux animaux aquatiques, parmi lesquels des poissons et des céphalopodes. Elle se présente sous la forme d’une série de récepteurs alignés le long du corps, sensibles aux déplacements de l’eau.

Dans le cas des seiches :

  • elle détecte les vibrations produites par un prédateur ou une proie,
  • elle contribue au maintien de la position et de l’orientation dans la colonne d’eau,
  • elle permet aussi, comme le suggèrent ces travaux, de percevoir des signaux générés volontairement par d’autres individus.

Pour les chercheurs, cette double entrée sensorielle – vue et ligne latérale – ouvre des pistes fascinantes. Un même « geste » de bras pourrait transmettre deux messages complémentaires : une forme visible et une signature vibratoire. Une telle redondance renforce la fiabilité de la communication dans un environnement parfois sombre ou troublé.

Pourquoi cette « langue gestuelle » intrigue autant les spécialistes

Les signaux mis en évidence ne suffisent pas à eux seuls à prouver l’existence d’un langage comparable à celui des humains. Les scientifiques s’intéressent toutefois au degré de complexité possible :

  • Combien de signes distincts la seiche peut-elle produire et reconnaître ?
  • Combine-t-elle ces signes pour envoyer des messages différents ?
  • Certains gestes se retrouvent-ils uniquement dans des contextes précis (chasse, reproduction, fuite) ?
  • Des réponses positives à ces questions renforceraient l’idée d’un code riche et structuré. Si les seiches adaptent leurs gestes à la situation et à l’individu en face, ces comportements pourraient servir de modèle pour l’étude d’autres espèces marines, y compris dans les eaux françaises.

    Pour l’instant, les images et enregistrements fournis par Sophie Cohen-Bodénès et Peter Neri montrent surtout un point clé : une simple vidéo ou une vibration restituée par hydrophone suffit à déclencher chez la seiche une série de réponses gestuelles variées. Un pas décisif pour qui cherche, pas à pas, à « craquer le code » de la communication entre espèces.

    Questions fréquentes

    Combien de gestes différents les seiches utilisent-elles pour communiquer ?

    Les chercheurs ont identifié quatre grands types de mouvements de bras : « up » (levée des bras devant le visage), « side » (balancement sur le côté), « crown » (bras formant une couronne) et « roll » (repli des bras sous la tête).

    Comment les scientifiques ont-ils prouvé que les seiches comprennent ces gestes ?

    Ils ont montré à une seiche en laboratoire des vidéos d'autres seiches réalisant ces mouvements. L'animal a réagi en agitant ses propres bras en réponse, reproduisant et combinant les gestes comme s'il s'agissait d'un échange.

    Les seiches communiquent-elles uniquement par les gestes ?

    Non, elles utilisent une double portée : visuelle par le geste, mais aussi tactile et sonore via des vibrations dans l'eau captées par la ligne latérale de la seiche. Elles combinent également le changement de couleur, les postures du corps et les mouvements de bras.

    Ce langage gestuel constitue-t-il un véritable langage au sens humain ?

    Les résultats ne suffisent pas encore à prouver l'existence d'un langage avec une grammaire et un vocabulaire structurés. Ils montrent cependant un système de signaux riche permettant d'indiquer une intention ou un état interne.

    Quels travaux français étudient la communication des seiches ?

    Des laboratoires de biologie marine au sein du CNRS et d'universités littorales travaillent sur le comportement des poulpes, calmars et seiches en France, bien que l'article ne précise pas de détails supplémentaires sur ces protocoles.
    Défiler vers le haut