Aux États-Unis, une propriétaire a choisi de cohabiter avec des guêpes près de sa porte d’entrée, au grand étonnement des démarchreurs.
Aux États-Unis, une habitante prénommée Leslie B. a décidé de protéger les guêpes installées près de son porche, alors que des commerciaux de sociétés de désinsectisation lui proposent régulièrement de les éliminer. Son histoire, racontée par le média en ligne américain Daily Dodo, met en lumière le rôle souvent méconnu de ces insectes dans l’écosystème.
Des guêpes installées à l’entrée… et une propriétaire ravie
Tout se passe devant la maison de Leslie, où pousse un grand arbuste de type « flame acanthus ». Cette plante très fleurie attire une foule de visiteurs : abeilles, colibris et autres insectes locaux, dont plusieurs guêpes qui ont pris l’habitude de fréquenter les lieux, juste à côté de sa porte d’entrée.
Loin de paniquer, la propriétaire observe avec plaisir ce petit écosystème. Elle explique n’avoir jamais eu la moindre mauvaise expérience avec ces guêpes vivant près de son domicile. Pas de piqûre, pas d’attaque, pas de comportement agressif.
Pour Leslie, les guêpes ne sont pas des envahisseuses dangereuses, mais des voisines utiles qu’il n’y a aucune raison de chasser.
À ses yeux, la peur qui entoure ces insectes vient surtout d’idées reçues. Beaucoup de personnes sont convaincues que les guêpes cherchent la confrontation, alors qu’elles défendent surtout leur nid, comme les abeilles.
Des démarchages répétés pour les exterminer
Cette tranquillité n’est pas du goût de tout le monde. Régulièrement, des vendeurs de sociétés de lutte contre les nuisibles se présentent chez elle. Le scénario est toujours le même : ils repèrent les guêpes, annoncent qu’ils peuvent « régler le problème » et lui proposent un traitement pour les exterminer.
Leslie refuse systématiquement. Exaspérée par ces sollicitations, elle a fini par installer un panneau près de sa porte, destiné justement à ces commerciaux. Ce panneau explique noir sur blanc pourquoi les guêpes resteront chez elle.
Le message est clair : ces insectes ne sont pas des ennemis, mais des auxiliaires du jardin, et la propriétaire n’a aucune intention de payer pour les faire disparaître. Elle assume ouvertement son choix de cohabiter avec elles, tant qu’aucun danger réel ne se présente.
« Les abeilles ont une bien meilleure équipe de communication »
Pour expliquer son point de vue, Leslie met en cause la réputation désastreuse des guêpes par rapport aux abeilles. Elle rappelle que ces dernières bénéficient d’une image beaucoup plus positive, notamment grâce aux campagnes de sensibilisation sur leur rôle dans la pollinisation.
« Les abeilles ont une bien meilleure équipe de relations publiques que les guêpes, malheureusement », déclare-t-elle au Daily Dodo.
Elle estime que le grand public a compris à quel point les pollinisateurs sont indispensables, mais reste moins informé sur les différentes espèces impliquées. Les abeilles, jugées « mignonnes et duveteuses », sont souvent mises en avant, alors qu’elles ne sont pas les seules à transporter le pollen.
Leslie insiste : les guêpes ne piquent pas « par dépit » ou « par méchanceté ». Comme les abeilles, elles réagissent surtout si l’on menace leur nid ou si l’on cherche à les écraser. La majorité du temps, elles se contentent de vaquer à leurs activités, en quête de nourriture ou de matières pour leurs colonies.
Une communauté de défenseurs des guêpes
La propriétaire n’est pas isolée. Elle appartient à une communauté en ligne consacrée aux insectes, baptisée « Entomemeology », et plus particulièrement à son « Wasp Advocates Caucus », un groupe de personnes qui se donnent pour mission de réhabiliter l’image des guêpes.
Ce groupe a été fondé par une passionnée d’insectes connue sous le prénom de Wolfie. Elle aussi a constaté cette différence de traitement entre abeilles et guêpes, y compris chez des amateurs d’insectes.
« J’ai toujours remarqué le deux poids, deux mesures dans la façon dont on traite les abeilles et les guêpes, alors qu’elles sont extrêmement similaires », explique Wolfie au Daily Dodo.
Elle observe que, même parmi les personnes qui se disent amoureuses des insectes, les guêpes restent souvent qualifiées uniquement de « nuisibles ». Avec ce caucus, l’objectif est de montrer qu’elles jouent un rôle réel dans l’environnement.
Apaiser la peur par la connaissance
Leslie résume la philosophie du groupe : informer pour diminuer la peur. Selon elle, beaucoup de phobies liées aux insectes sont alimentées par l’ignorance de leur rôle et de leur comportement.
« La peur peut être apaisée par la connaissance, que ce soit pour les guêpes, les araignées, les coléoptères, les cafards, n’importe quoi », affirme-t-elle.
Elle rappelle que tous ces animaux, même ceux qui ne sont ni « mignons » ni « duveteux », font partie intégrante de l’écosystème. Le défi, selon elle, consiste à apprendre à cohabiter avec la nature, plutôt que de chercher à la détruire lorsqu’elle dérange.
À quoi servent vraiment les guêpes ?
Au-delà de cette histoire américaine, les scientifiques rappellent que les guêpes remplissent plusieurs fonctions écologiques :
- Pollinisation de nombreuses plantes, en particulier certaines fleurs sauvages et arbustes ;
- Régulation d’autres populations d’insectes, dont elles se nourrissent ou qu’elles donnent à leurs larves ;
- Rôle de nourriture pour des oiseaux, chauves-souris et autres prédateurs.
Contrairement à une idée répandue, elles ne se limitent pas à venir « embêter » les humains autour d’une table en été. Certaines espèces sont même utilisées comme alliées en agriculture, pour limiter naturellement certains ravageurs, à la manière d’une lutte biologique.
Et en France, que fait-on avec les nids de guêpes ?
En France, la situation diffère d’un cas à l’autre. Les collectivités locales ou les pompiers n’interviennent plus systématiquement pour détruire les nids de guêpes ou de frelons, sauf danger avéré pour les personnes (proximité immédiate d’une école, d’un balcon très fréquenté, présence de personnes allergiques, etc.).
Dans de nombreux départements, la destruction des nids est désormais assurée par des entreprises privées, payée par les particuliers ou par les syndicats de copropriétaires. Là encore, la première recommandation des spécialistes consiste souvent à laisser le nid tranquille s’il se situe à distance des zones de passage.
Les conseils les plus fréquemment donnés en France sont les suivants :
| Situation | Attitude recommandée |
|---|---|
| Nid éloigné de la maison, peu fréquenté | Le laisser en place, observer une distance de sécurité |
| Nid proche d’une entrée, d’un balcon ou d’un lieu de jeu | Contacter un professionnel pour évaluer le risque |
| Présence de personnes allergiques dans le foyer | Ne pas intervenir soi-même, demander un avis médical et professionnel |
La France connaît aussi un autre enjeu : la progression du frelon asiatique, une espèce invasive qui s’attaque notamment aux ruches d’abeilles domestiques. Ce cas particulier renforce parfois la confusion entre différentes espèces, alors que toutes les guêpes ne posent pas le même type de problème.
Comment limiter les risques sans tout faire exterminer
L’histoire de Leslie met en lumière une approche fondée sur la cohabitation, qui peut inspirer certains lecteurs français. Sans nier le risque de piqûre, surtout chez les personnes allergiques, il existe des réflexes simples pour réduire les interactions conflictuelles :
- Éviter les gestes brusques ou les tentatives d’écraser une guêpe qui s’approche ;
- Limiter les boissons sucrées et aliments sucrés laissés à l’air libre à l’extérieur ;
- Observer à distance un nid repéré, sans le boucher ni le secouer ;
- Faire appel à un professionnel si le nid se trouve dans un lieu stratégique ou difficile d’accès.
Un autre point souvent rappelé par les entomologistes concerne le cycle de vie des guêpes sociales : la plupart des colonies disparaissent naturellement à l’automne dans les régions tempérées. Intervention ou non, le nid sera de toute façon abandonné à la fin de la saison, ce qui relativise la nécessité d’un traitement systématique.
Changer de regard sur les « nuisibles » du quotidien
L’initiative de Leslie, avec son panneau de défense des guêpes, illustre un mouvement plus large : celui de personnes qui cherchent à mieux comprendre les animaux perçus comme gênants. Araignées, insectes, petits prédateurs… Tous suscitent souvent une réaction de rejet immédiate.
Pour les membres du « Wasp Advocates Caucus », l’éducation joue un rôle central. Expliquer le comportement d’un insecte, détailler ce qui déclenche réellement une piqûre ou une morsure, rappeler l’utilité écologique de chaque espèce : ces éléments contribuent à faire baisser la peur et à éviter des destructions systématiques.
Dans le cas des guêpes, quelques gestes simples et un peu de distance suffisent dans bien des cas à vivre côte à côte, sans incident. Une approche que Leslie applique devant sa propre porte d’entrée, et qu’elle défend désormais, panneau à l’appui, face aux vendeurs de pesticides qui frappent chez elle.









