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Jet privé de Taylor Swift : une étude révèle comment ses jeunes fans revoient à la baisse leurs convictions écologiques pour la défendre

Jet privé de Taylor Swift : une étude révèle comment ses jeunes fans revoient à la baisse leurs convictions écologiques pour la défendre

Aux États-Unis, une étude montre que de jeunes fans de Taylor Swift atténuent leurs inquiétudes climatiques lorsqu’ils sont confrontés à la pollution de son jet privé.

Des chercheurs américains révèlent que certains admirateurs de Taylor Swift, pourtant issus d’une génération très sensibilisée au climat, adaptent leurs convictions écologiques pour mieux supporter la polémique liée aux émissions massives de CO2 du jet privé de la chanteuse, rapporte le site spécialisé en psychologie des médias Psychology of Popular Media.

Une génération très verte face à une idole très polluante

L’étude se déroule aux États-Unis et cible la « génération Z », ces jeunes adultes nés entre 1995 et 2012. Cette tranche d’âge se dit particulièrement préoccupée par le réchauffement climatique, participe à des mobilisations, partage des contenus engagés sur les réseaux sociaux et s’informe largement sur les enjeux environnementaux.

Problème : cette même génération a grandi avec l’explosion des réseaux sociaux et de la culture des célébrités. Et Taylor Swift en est l’une des figures les plus puissantes. Or, en 2022, des données de suivi de vols de jets privés l’ont désignée comme la célébrité ayant émis le plus de dioxyde de carbone via ses déplacements aériens.

Selon ces données, l’usage de son jet privé aurait généré environ 1 185 fois plus de pollution carbone que ce qu’émet en moyenne une personne en une année. De quoi faire grincer les dents, surtout auprès d’un public qui affiche une forte sensibilité environnementale.

Le cœur de l’étude : mesurer comment de jeunes fans écologistes gèrent le choc entre leur attachement à Taylor Swift et la réalité très polluante de son jet privé.

Moralisation, excuses et « découplage » : ce qui se passe dans la tête des fans

Pour comprendre ces réactions, les chercheurs – notamment Leah Dajches (New Mexico State University) et Taylor A. Foerster (Oregon State University) – se sont intéressés à un mécanisme clé : le raisonnement moral. Il s’agit des stratégies mentales qui permettent de réduire le malaise quand une personne admirée enfreint une norme sociale ou éthique, ici la protection du climat.

Découpler l’artiste de ses actes

Une première stratégie, appelée « découplage », consiste à séparer la personne de son œuvre. En clair :

  • reconnaître que la star pollue beaucoup ;
  • mais continuer à admirer sa musique ou son travail comme si de rien n’était.

Un fan qui raisonne ainsi peut critiquer le jet privé, tout en restant un auditeur assidu, en allant aux concerts et en s’identifiant au reste de la communauté de fans.

Rationaliser pour mieux excuser

Une deuxième stratégie, au cœur des résultats de l’étude, s’appelle la rationalisation. Elle consiste à minimiser ou à justifier le comportement problématique :

  • « tout le monde le fait » ;
  • « il y a pire comme comportement » ;
  • « c’est le prix à payer pour une tournée mondiale ».

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que plus un fan se sent lié à la communauté Swift (ce qu’ils appellent « fan entity », une forme d’identité de fan), plus il sera motivé à utiliser ces stratégies pour protéger la réputation de son idole et du groupe auquel il appartient.

Un protocole fondé sur près de 1 000 étudiants américains

L’équipe a recruté environ 1 000 étudiants de deux grandes universités publiques américaines. Tous avaient entre 18 et 29 ans. Ils ont d’abord répondu à un questionnaire pour mesurer leur niveau d’identification en tant que fans de Taylor Swift : degré d’appréciation de la chanteuse, fréquence de participation à la communauté, implication sur les réseaux, etc.

Les participants ont ensuite été répartis aléatoirement en trois groupes, chacun lisant un faux article d’actualité :

  • un article sur l’empreinte carbone des célébrités en général ;
  • un article sur le même sujet, mais mentionnant explicitement Taylor Swift, avec des chiffres précis sur les émissions de son jet privé ;
  • un article de contrôle, sur un sujet sans lien avec le climat (par exemple le multitâche ou des questions fréquentes sur les voyages en avion).
  • Après cette lecture, les étudiants ont répondu à une nouvelle série de questions : degré d’accord avec des phrases reflétant la rationalisation ou le découplage, inquiétude personnelle vis-à-vis des émissions de CO2, intention déclarée d’adopter des comportements plus respectueux du climat.

    Les jeunes très fans, exposés à un article pointant spécifiquement les émissions de Taylor Swift, sont ceux qui rationalisent le plus et qui, dans la foulée, baissent leur engagement écologique déclaré.

    Quand défendre Taylor Swift affaiblit les convictions vertes

    Les chercheurs ne constatent pas de changement global des attitudes écologiques selon l’article lu, si l’on regarde l’ensemble du groupe. Ce qui change, en revanche, c’est la réaction des fans les plus investis.

    Chez les admirateurs à fort niveau d’identification :

    • ceux qui lisent l’article citant Taylor Swift et détaillant la pollution de son jet privé affichent le plus haut niveau de rationalisation ;
    • ils trouvent davantage d’excuses à la chanteuse par rapport à des fans tout aussi impliqués, mais qui n’ont lu qu’un article sur les célébrités en général.

    Cette rationalisation n’est pas sans conséquence. Elle s’accompagne :

    • d’une baisse déclarée de la préoccupation vis-à-vis des émissions de CO2 ;
    • d’une diminution des intentions affichées de comportements écoresponsables (réduire sa propre contribution au réchauffement, modifier certaines habitudes, etc.).

    Les données montrent aussi un effet paradoxal : les fans à forte identification ont, au départ, un niveau de préoccupation environnementale plus élevé que les autres. Mais dès qu’ils se mettent à excuser Taylor Swift, ce sont justement ces attitudes pro-climat qui reculent.

    La loyauté au fan-club au-dessus du climat

    En pratique, ces jeunes finissent par donner la priorité à leur lien psychologique avec la star et sa communauté. Protéger l’image de Taylor Swift et du groupe de fans compte davantage que rester cohérent avec leurs valeurs écologiques initiales.

    Les chercheurs notent toutefois plusieurs limites : l’échantillon est très homogène – majoritairement des femmes blanches, hétérosexuelles, cisgenres, étudiantes et plutôt proches du Parti démocrate. D’autres publics, dans d’autres pays ou d’autres milieux sociaux, pourraient réagir différemment.

    Autre limite : un type de raisonnement moral, le « couplage » (laisser le mauvais comportement ruiner définitivement l’appréciation de l’artiste), n’a pas pu être mesuré correctement. Les questions associées n’étaient pas assez fiables, et ce volet a donc été écarté de l’analyse finale.

    Et en France, comment se traduit ce conflit entre stars et climat ?

    Le cas de Taylor Swift concerne les États-Unis, mais les mécanismes décrits sont proches de ce que l’on observe en France autour des jets privés de personnalités, des tournées de grandes stars ou des déplacements de footballeurs professionnels.

    Les mêmes ingrédients sont là :

    • une jeunesse globalement plus sensibilisée au climat que ses aînés ;
    • une présence massive des célébrités sur les réseaux sociaux ;
    • des scandales environnementaux relayés, commentés et défendus en temps réel.

    En France, les débats sur l’interdiction ou la limitation des jets privés s’enchaînent, avec des accusations de « double discours » visant des personnalités perçues comme engagées pour le climat et qui continuent à multiplier les vols. Les réactions des fans sur les réseaux sociaux reprennent souvent les mêmes schémas décrits par l’étude américaine : minimisation des chiffres, mise en avant d’arguments économiques, comparaison avec d’autres comportements jugés pires.

    Les institutions françaises, comme l’Agence de la transition écologique (Ademe), publient régulièrement des données sur l’empreinte carbone des différents moyens de transport. Ces informations permettent théoriquement de nourrir un débat plus rationnel, mais face à une forte identité de fan ou de supporter, elles peinent parfois à s’imposer.

    Pourquoi la psychologie des fans pèse sur la transition écologique

    Les auteurs de l’étude publiée dans Psychology of Popular Media insistent sur un point : l’identité de fan ne se limite pas à apprécier une œuvre. Elle implique un sentiment d’appartenance à une communauté, avec ses codes, ses références et souvent la défense inconditionnelle de la star qui en est le centre.

    Dans ce cadre, un scandale environnemental ne remet pas seulement en cause une personnalité publique. Il menace aussi l’équilibre du groupe et l’image de soi des fans les plus impliqués. D’où le recours à ces raisonnements moraux :

    • rationaliser (« il y a pire ailleurs ») ;
    • découpler (aimer l’artiste sans valider ses choix) ;
    • ou, plus rarement, rompre le lien avec la star, ce qui est plus coûteux psychologiquement.

    Pour des politiques climatiques ambitieuses, ces mécanismes psychologiques peuvent devenir un frein discret, mais réel. Quand des figures très populaires affichent une empreinte carbone élevée, certains de leurs fans risquent d’assouplir leurs propres exigences plutôt que de remettre en cause leur attachement.

    Un enjeu pour la communication autour du climat

    Les auteurs suggèrent que de futures recherches pourraient s’intéresser à d’autres types de fans : amateurs de sport, soutiens de responsables politiques, communautés autour d’influenceurs en ligne. L’idée serait de voir si les mêmes mécanismes de rationalisation apparaissent face à des scandales écologiques similaires.

    Autre piste évoquée : suivre les mêmes personnes sur une plus longue période. L’objectif serait de déterminer si la baisse de préoccupation environnementale observée juste après la lecture de l’article est temporaire, ou si la défense de la célébrité laisse une trace durable dans les comportements.

    Pour les acteurs engagés dans la transition écologique, ces travaux illustrent à quel point les messages sur le climat ne circulent pas dans le vide. Ils se heurtent à des identités sociales fortes, qu’il s’agisse de fans de musique, de supporters de clubs sportifs ou d’électeurs fidèles d’un parti politique.

    Comprendre ces identités, et la manière dont elles influencent l’acceptation ou le rejet des informations scientifiques, devient un enjeu aussi concret que le calcul de l’empreinte carbone d’un jet privé.

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